Dans son communiqué de présentation du débat , le Préfet de Corse a mis les gants et admet qu'en Corse ce débat avait un aspect particuler “ compte tenu de la langue, de la culture de l'histoire de la Corse et de ses liens particuliers avec la République”
Expliquons.
Lorsque l'on a une langue, une culture et une histoire, cela s'appelle avoir une “identité nationale”, tout simplement. Par conséquent, le Préfet, tel Mr Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, admet l'identité nationale corse sans le savoir, et sans le vouloir probablement.
Quand aux liens particuliers de la Corse avec la dite République ou avec la France, là c'est l'histoire qui nous éclaire. Depuis 1768 et 1793, c'est une histoire de domination méprisante et vicelarde, de négation politique et culturelle, et de non-assistance à économie en danger.
Les liens entre les Corses et la république française sont en effet "particuliers". Quelques images nous reviennent en mémoire. Les automitrailleuses en haut de la place St Nicolas au lendemain d'Aleria ! Le refus de reconnaitre le peuple corse en 1991 et le discours de Ponce Pilate de Francois Mitterrand en 1993 sur cette même place ! Des jeunes embarqués avec un sac sur la tête dans un avion militaire par la SDAT, ...etc
En France, le débat sur l”identité nationale ” a des relents préelectoraux, c'est une évidence. Mais ce débat n'est pas médiocre, la France s'interroge surement plus sur son identité que la Croatie, le Guatemala, la Thailande ou la Bordurie de Tintin. Pourquoi ?
En théorie, il ne devrait pas y avoir trop de place pour ce genre de débat : sont français ceux qui ont des papiers français, la France fait partie de l'Union européenne, la principale chaine de télé s'appelle TF 1 (télévison française). Et basta !
Pourtant certains signaux ont permis à ce débat de résonner : des milliers de personnes fêtent sur les Champs-élysées la qualification de l'équipe d'Algérie de foot et pas celle de la France ; à l'assemblée “nationale “ française, il n'y a pratiquement que des gallos-romains, pas de franco-maghrebins ou d'asiatiques dans les travées ; selon des estimations, il y aurait une majorité de jeunes d'origines nord africaine ou africaine dans les prisons parisiennes ; un francilien musulman sur deux fête noêl selon un sondage récent. La liste n'est pas close.
En fait ce débat tourne surtout autour de la place de l'islam en France et du relatif échec de l'intégration sereine des générations issus de l'immigration nord-africaine. Oui, la France est bien un pays d'immigration, et ce depuis assez longtemps. Et il faut qu'il se pense comme tel. Le creuset français doit se faire sur les bases de sa devise "liberté, égalité, fraternité et laicité", grâce à l'école, à l'ascension sociale, au mélange urbain. Mais le creuset a des ratés et chez les intellectuels et les politiques le débat se structure sur deux axes.
L'axe républicain ultralaîc. Pour ses tenants, on doit parler de "l'assimiliation" des gens issus de l'immigration plutôt que de leur "intégration" ; la religion (en fait l'islam ) ne doit pas sortir de la sphère privée individuelle.
L'axe communautariste. Ses tenants acceptent, sur le modèle anglosaxon, l'expression des communautés, ou d'une religiosité publique. Avec la présidence de Sarkozy, il semble que cet axe prenne le dessus. Cela alimente donc le débat français.
Ce débat peut interpeller les Corses, nationalistes ou pas.
Nous avons une identité nationale, plus personne ne le nie. Même si il y a une menace sur cette identité au regard de notre non-reconnaissance politique et linguistique. Le peuple corse n'est toujours pas reconnu, il est LE SEUL peuple européen sans souveraineté politique, sans sa langue officielle. Or, nous “faisons peuple” malgré tout, par-dela la mondialisation culturelle.
Naturellement, l'identité corse ne peut plus s'articuler autant qu'il y a quelques décennies sur l'identité agro-pastorale villageoise. Notre identité s'est modernisée, mais elle doit garder l'essence de ses valeurs. On ne chante plus la paghjella (reconnue par l'ONU comme "expression du peuple corse" malgré les obstructions de la France) dans les foires après avoir acheté des mules, mais on peut la chanter au bar du coin de la rue ou dans une école de chant de son quartier. L'important c'est de transmettre. Un si face piu a tundera cume una operata tra i pastori di u rughjone ma si po, si deve, tene u sensu di a solidarita è dà una mane à u vicinu di Montesoru o di e Padule chi scambia d'apartamente !L'identité est donc aussi une mutation à partir d'un tronc commun et de valeurs essentielles. Notre drapeau (a testa mora) flotte sur les batiments officiels et les enfants de nos collèges et lycées fêtent le 8 décembre festa di a nazione ! Le Diu est l'hymne de la Corse et de tous les Corses quelque soit leur opinion religieuse ou leur inclinaison spirituelle. C'est notre patrimoine.
Les repères essentiels de fraternité, d'hospitalité, de respect, de lien social et familial, de travail doivent être perpétués. L'histoire de la Corse volontairement cachée à nos enfants doit être enseignée et tenir sa place dans notre vie quotidienne. L'urbanisme doit s'inspirer de la conception traditionelle de nos villages afin de retrouver des espaces d'échanges, de socialisation et de transmission au lieu de continuer les "barres" et les lotissements dortoirs.
Bref, l'identité c'est un chantier et non une icone.
Concernant le débat de notre identité corse par rapport à l'immigration, le débat existe aussi. Primo, contrairement à la France, la Corse n'est pas un pays d'immigration. Ce phénomène y est récent et il passe par le prisme français. Secondo, les Corses déja privés de reconnaissance politique et culturelle,dans leur majorité, refusent le modèle communautariste transposé à la Corse. Les Corses sont prèts, comme ils l'ont toujours fait à petite échelle, à accepter des individus qui veulent intégrer le peuple corse, en échange de la prise en compte de notre socle culturel et existentiel. Pour ceux qui souhaitent rester des étrangers de Corse, le respect mutuel s'impose, tout en restant ouvert par rapport aux générations à venir. C'est le sens qu'il faut donner à la revendication de citoyenneté corse basée sur 10 ans de résidence permanente portée par CORSICA LIBERA.
Pour les Corses d'aujourd'hui et de demain, le débat sur l'identité nationale corse est permanent.
Que chacun s'en empare sur ce site ou ailleurs.
Pour ce que nous sommes et ce que nous deviendrons, face à l 'Etat répressif et face aux consciences universelles. Pour nos enfants !
CUSCENZA NAZIUNALE SEMPRE